Gregory Isaacs Tribute (in French) – 23/10/2010

Au moment où Gregory Isaacs arrive sans doute dans la dernière ligne droite de son parcours parmi nous autres pauvres humains, j’ai envie de combattre mon chagrin, ma colère et mon émotion en partageant cette photo de lui.

 

Le voici sur scène au Reggae Sunsplash de 1983, au sommet de sa carrière, faisant chanter “Night Nurse” à une foule d’admiratrices déchaînées au milieu de la nuit tropicale. Le King.

Image

 

Maigre comme un clou, vêtu d’une chemise de soie blanche dans laquelle il semble flotter. Provenant du monde des rêves à travers une brèche fractale dans l’espace temps connue de lui seul. Limite fantomatique, il fait penser à un esprit insaisissable, un “Jamaican jinn” qui apparaît au milieu de la nuit et s’échappe quand poignent les premières lueurs du jour.

 

Monsieur Isaacs personnifiait la poésie et ce côté éthéré qu’ont les mots quand ils riment et sont scandés sur une musique lente et rythmée. Il ne chantait pas “Night Nurse”, il le susurrait… Son ton fragile et vulnérable était complètement assumé, ce qui est la marque des “vrais mecs qui en ont”.

 

Cool Ruler, l’expression lui allait si bien. Ces deux mots résument à la perfection le personnage. Un mythe dont la vie mériterait un biopic hollywoodien. Véritable Messie musical, Gregory était descendu sur notre planète pour apporter la bonne parole à cette civilisation du mauvais goût, mortifère, folle de pétrole, d’industrie et de guerre. Il était venu offrir sur un plateau amour, beauté et charme à 7 milliards d’incultes indignes de lui et rétifs à l’univers de grâce absolue que projetait chacune de ses chansons.

 

Il laisse derrière lui ce qui est sans doute le plus grand catalogue de chansons jamais sorties par un chanteur, jamaïcain ou autre. Il aura chanté jusqu’au bout, avec ce visage impassible et ce regard légèrement ironique qui montrait qu’il n’était pas dupe.

 

Se passant de papier et de stylo pour composer ses titres, il improvisait au fil du riddim, au fur et à mesure qu’il avançait dans la chanson. Bref, le génie à l’état pur. A l’ancienne: quand les ordinateurs ne faisaient pas la musique à la place des humains, quand protools ne permettait pas d’obscènes corrections, véritables mensonges musicaux, quand autotune ne permettait pas à n’importe quelle abrutie peroxydée de chanter comme un croisement pervers de pseudo-Callas et de prostituée…

 

Gregory, c’était un pur, un Elu.

 

Tragiquement, ses derniers jours sur Terre auront été, comme il se doit, un calvaire: ceux qui étaient censés le protéger à Londres l’ont au contraire maltraité, abandonné, profité de son épuisement pour le forcer à signer des papiers qui leur ont transféré son patrimoine, à se marier avec une… j’arrête tellement tout ce dépouillage en règle digne de vautours syphilitiques me dégoute. On n’est jamais mieux trahi que par ses proches…

 

De la même manière que Jésus devait subir la perfidie de son disciple préféré et en passer par sa crucifixion, Gregory devait sans doute, lui aussi, se faire trahir, souffrir inutilement et, qui sait, porter les péchés du monde, avant de s’en aller… Maintenant qu’il a fait son temps parmi les créatures qui peuplent la Terre et osent s’appeler des hommes, je lui souhaite de retrouver son monde, où, paraît-il, coulent le miel et le lait et où génie, gentillesse et amour sont la norme. Zion, j’ai dit Zion?

 

Si seulement il pouvait nous donner de ses nouvelles de temps à autre…

 

Voici “Poor Man In Love”, enregistré à Harry J pendant les sessions pour Horace Andy. Une merveille de classe

 

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