Gone clear, Manu Dibango + Sly & Robbie

gone clear cover

J’ai tout de suite kiffé “Gone Clear”, premier des deux albums enregistrés avec Sly & Robbie par le légendaire saxophoniste camerounais Manu Dibango.

Quelle drôle d’idée pour le pape de l’afro jazz d’aller fricoter avec des musiciens jamaïcains qui à l’époque n’avaient  pas 30 ans et se moquent comme d’une guigne de la musique africaine, lui préférant Soul, R&B ou Funk de Philly Sound…

C’est d’ailleurs cette passion pour la musique américaine qui les rapproche, Manu n’étant lui non plus pas insensible aux accents funky, comme en témoignent de nombreuses compositions au premier rang desquelles le célébrissime “Soul Makossa”.

L’alliance d’une technique irréprochable aux sonorités mêlant Afrique et Jazz avec des rythmiques Reggae aurait pu facilement mal tourner. Pas dans le cas présent: l’ambiance de cet album est unique, respirant une joie et un entrain qu’on retrouve dans peu d’autres disques. Les amateur de prêches rasta est de retour à l’Afrique seront sans doute déçus: cet album n’est absolument pas militant et ne joue pas du tout sur le thème de la réunion de l’Afrique, ce ne sont pas les Jamaïcains qui vont “back to Africa”, mais les Africains qui vont à l’Ouest avec dans leurs bagages quelques références à l’Afrique, sans plus. Tout  n’est que légèreté, à la limite parfois de la frivolité, mais reste extrêmement talentueux et permet de passer un moment très agréable. C’est bien ça l’essentiel.

Manu reprend son titre fétiche “Soul Makossa”, qui devient “Reggae Makossa”. Pour mémoire, “Soul Makossa” est sorti au début des années 70 et a été un tube énorme dans tout le continent noir et dans les boîtes new yorkaises au milieu des 70’s, après sa découverte par le père du Disco, le génial Nick Mancuso. Samplée sans autorisation par Michel Jackson dans “Wanna Be Starting Something” et plus récemment par Rihanna, voici une chanson dotée de pouvoir presque surnaturels.

Dans Gone Clear, “Reggae Makossa” devient lent, “sponji”, avec une rythmique quasiment hypnotique. L’original était un concentré d’énergie et une invitation- que dis-je, une sommation sans frais ! – à la danse, frénétique, cela va de soi ! Les Jamaïcains le transforment en un appel à se caler dans un transatlantique sur une plage tropicale. A la toute fin du morceau, on entend d’ailleurs Manu lancer un “mackasplaffa” qui résume bien l’ambiance… Le pire c’est que ça fonctionne merveilleusement, la preuve ci-dessous:

 

“Goro City” préfigure le lien entre le Funk et le Reggae mais à la sauce africaine. Pendant 8 minutes 34, Manu joue de la clarinette sur un beat hyper dansant. Les seules paroles sont “Niamey, Niamey ina iri, Niamey Niamey Goro City”. Evoquant les folles nuits de Niamey, la capitale du Niger, ce morceau donne sacrément envie d’aller y faire un tour ! La section de cuivres américaine a un son bien plus tranchant et funky que ses homologues jamaïcains un peu trop sous influence tetrahydrocanabinolique. Emmenée par les frères Breker, c’est d’ailleurs la même formation que sur les album de Peter Tosh de cette époque.

“Doctor Bird” est une chanson toute simple, respirant la joie de vivre. “Doctor Bird” est un surnom des “humming birds”, qui sont un des plus petits oiseaux au monde. Dotés d’un bec très fin pour butiner dans les fleurs profondes, leur battement d’ailes est le plus rapide de la planète. C’est l’oiseau national jamaïcain, qui figure sur certains billets ou encore sur le logo d’Air Jamaïca.

Cette collaboration entre Manu Dibango et les Riddim Twins a donné naissance à un énorme respect mutuel au niveau artistique et à une relation très amicale. Manu est venu souffler de son sax magique sur plusieurs productions ultérieures de Sly & Robbie, comme Language Barrier, leur premier album non reggae sorti chez Island en 1985, ou encore “Manu Tango”, un single passé inaperçu sorti au milieu des années 90. Manu apparaissait également dans une vidéo promotionnelle de Drum & Bass Strip to the Bone (1998), mais ses parties de sax n’ont pas été conservées dans le mix final de cet album. Trente ans après Gone Clear, on ne peut que rêver d’un nouveau bout de route en commun…

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