TABOU1

One Fine Dub = Sly & Robbie + Brinsley Forde

Hello,

long time no post anything. I’m not going to try and hide behind shallow excuses like I’ve been swamped or anything of that nature. Truth be told, I just let this blog slip out of my mind.

 

I am in no mood to write a long piece today, I just would like to show the world what the cover of ONE FINE DUB is going to look like. One Fine Dub is the Groucho Smykle-mixed dub companion to Sly & Robbie + Brinsley Forde’s “One Fine Day” album, which will come out some time in early 2017. Why the dub album BEFORE the vocal album, you might ask???? First of all, why not? More seriously, it is because I’m an asshole perfectionist and I want the mix of the vocal album needs to be hard, heavy and frightening in a sense. And have a JAMAICAN sound. So, as soon as Robbie is back in Jamaica, Steven Stanley and him are going to get on the case…

 

Robbie has so much on his plate work-wise right now that it may take a while before the thing is finalized… As a result, it may be the first time that a dub album will be released BEFORE the vocal album! But more on that brand new dub album shortly… Remember, today, I wanna talk about the artwork, and nothing but the artwork.

 

A couple of years ago, after I released Dubrising, I got really interested in video games graphic artists and thought I’d love to explore this area further. I found this guy Joseph Gloria Chapalys and fell in love with his stuff, some which you can check at https://www.artstation.com/artist/Kairo

 

We met and hit it off right away. The dude is awesomely gifted and professional unlike others in his field that consider themselves as artists and act like what they think artists should (ie: being real douche bags and late and fucked up). To make a long story short, I commissioned the illustration below as a first step of what I hope will be a long collaboration with TABOU1. The lettering and so forth will be refined.

 

So the front will look like this:

 

Sly and Rob cover 2

 

while the back, where the tracklist, credits, logos, etc… will appear, will look something like that, but better and more professional as I just did a quick and dirty lettering job myself using the toolbox of the Preview application on my Mac which obviously is not as powerful as professional software…

 

Sly and Rob back copy.

 

I know I know this doesn’t look like a Reggae or a Dub album. That is PRECISELY why I like it. I haven’t been a huge fan of the ites green and gold color code in many many years, quite frankly. I kinda like how angular and aggressive these graphics are.

 

So there you have it, I hope you like it. Feel free to drop comments, questions or what not, I’ll gladly answer.

 

Until then stay away from dubstep and other electronic music monstrosities!!! Dub IS NOT EDM (and vice versa). Roots music crafted by real musicians, preferably recorded live in the studio, is the way.

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DUBRISING – Sly & Robbie – Novembre 2014 (in French)

DUBRISING 30X30

tabou1 est heureux de présenter “DUBRISING”, le nouvel album de Sly & Robbie dont voici des extraits

Pour ce projet, il a été fait appel au génial ingénieur du son Paul “Groucho” Smykle, qui avait mixé entre autres “Raiders of the lost dub” et “Dub Experience” de Sly & Robbie, “Dub Factor” de Black Uhuru et bien sûr “Ini Kamoze”. Groucho n’avait pas travaillé avec Sly & Robbie depuis près de 30 ans et le retrouver, puis le persuader de travailler sur ce projet a été une aventure en elle-même…

Apres s’être convaincu du bien fondé artistique du projet et discuté longuement avec Robbie et Sly, Groucho a sélectionné 12 titres de Horace Andy, Chezidek, Khalifa et Bunny Rugs que j’avais produits depuis 2006 lors de sessions “live” avec Sly & Robbie aux studios Harry J et Anchor à Kingston. Ultra perfectionniste et producteur dans l’âme, Groucho a demandé des overdubs à Dan Donovan, qui avait réalisé les synthétiseurs de Big Audio Dynamite. De même, Bunny McKenzie a été sollicité pour des parties d’harmonica. Ces additions procurent à l’ensemble une bien meilleure cohérence à l’album et lui confèrent son atmosphère propre, en un mot son identité.

Nous avons décidé de mixer le disque à l’ancienne, c’est à dire en live sur une table de mixage non reliée à la station pro Tools de Groucho, et donc sans possibilité de retoucher les mixes sur ordinateur. Bien entendu, ce genre de travail sans filet n’est possible que si les sons ont été soigneusement mis au point auparavant. Pour chaque titre, Groucho a passé environ un jour à peaufiner ses réglages et ses effets, qui relèvent du secret de fabrication! Le travail sur la caisse claire de Sly est en particulier de toute beauté, tout comme le choix des delays et des reverbs.

Le résultat est somptueux: un son lourd mais soyeux, qui passe parfaitement sur tout appareil de reproduction sonore, que ce soit un iPod avec petits écouteurs une chaine hifi pour audiophile, ou encore un sound system où il mettra minables des mixes beaucoup plus durs et ultra compressés qui confondent niveau sonore avec qualité sonore…

A cet égard, dans un premier temps, il a été décidé de sortir “Dubrising” uniquement en vinyl pendant 6 mois avant la sortie en digital (mais uniquement dans les sites qui vendent des fichiers haute résolution). Pourquoi donc ce qui équivaut pour beaucoup à un suicide commercial? Tout simplement, comme le dit la publicité, parce que les clients le valent bien. En effet, le vinyl est synonyme de qualité sonore, et sa chaleur correspond tout à fait à celle de “Dubrising”. Cette démarche relève également d’une forme de militantisme pro-vinyl et anti nivellement par le bas.

Un vinyl sonne bien si son mastering est réalisé par un expert. Le mastering d’un vinyl diffère de celui d’un CD ou d’un fichier Wav car il faut éliminer certaines fréquences afin que la gravure de la matrice soit réalisée de manière optimale, sans “sautes” ou “ronflement”. C’est tout un art. Pour cette mission, j’ai sollicité les services de Bruno Sourice, qui travaille avec des équipements analogiques à tubes d’un autre âge et utilise très peu la compression. Le travail de Groucho était tellement bien réalisé, parfaitement équilibré, sans pics avec un niveau sonore très éloigné des zones de saturation, que le mastering a été une partie de plaisir. Ca change!

Ne faisant jamais les choses à moitié, j’ai décidé de faire presser l’album chez Optimal en Allemagne, qui bénéficie d’une réputation de qualité pour ses pressages que seuls un Japonais et deux Américains partagent.

L’album sortira en édition 33t sur du vinyl 150g. Comme il dure 36 minutes, la durée de 18 minutes par face permet de graver des sillons amples et profonds, ce qui donnera une sonorité superbe.

Pour les audiophiles, une édition limitée est prévue. Il s’agit d’un double maxi 45t pressé sur vinyl de 180g. S’attendre à quelques tremblements de terre!

Enfin, pour les maniaques et les amis, j’ai demande à Jacques Golub de GRAVER 25 exemplaires de l’album sur un double maxi 45t épais de 2 millimètres. Les disques gravés sur vinyl (par opposition aux disques pressés) sont rares en raison de leur prix (lié au fait qu’ils sont graves un par un en vitesse réelle alors que le pressage est beaucoup plus rapide), de la difficulté de cette technique de fabrication, qui relève quasiment de l’artisanat et qu’on utilise d’ailleurs pour graver les acétates utilisées par les sound systems. Mais alors, le son, le son, mes amis! Une claque. Jacques choisi d’utiliser des diamants plutôt que des saphirs pour optimiser encore plus la gravure. La gravure permet d’atteindre des niveaux de +15 décibels par rapport au vinyl classique, et ce sans aucune distorsion bien entendu. La pureté du son original est mieux préservée que sur un disque pressé car le disque pressé est une 5eme génération (la 1ere génération est la bande qui sort du studio de mastering, la 2eme un acétate, la 3eme une matrice, la 4eme la plaque qui sert au pressage et qui s’use au fur et à mesure de son utilisation) alors que les disques gravés sont directement issus de la bande qui sort du studio de mastering.

La pochette est l’œuvre de l’illustrateur de jeux vidéo et de bandes dessinées Kuang Hong. Ses scènes de science fiction post catastrophe nucléaire correspondent bien à des atmosphères dub. Toujours dans un souci de qualité et pour renforce le coté objet de luxe de cet album, la pochette est un “gatefold” imprimé sur du carton de 350g, beaucoup plus lourd et rigide que le carton utilisé normalement (300g).

Tracklist

1 Satan Fall

2 Freedom Ring

3 Drone Snipers

4 Bully Tactics

5 To The Rescue

6 No Surrender

7 Flame Thrower

8 Double Agent

Titres originaux – Artiste – Album

1 Zion Gate – Horace Andy – Livin’ it up

2 Accused – Khalifa – G.Riot 2013

3 Rastafari Prophecy – Horace Andy – Livin’ it up

4 Devil You Can’t Bully Me Out – Chezidek – I Grade

5 Holy Mount Zion – Horace Andy – Livin’ it up

6 Surrender – Chezidek – I Grade

7 King Of Kings – Horace Andy – Livin’ it up

8 Rumours – Bunny Rugs – inédit

Ce disque est dédié à la mémoire de Bunny Rugs, Gregory Isaacs et Radgy Tamby (le TA de TABOU1).

Bunny Rugs tribute (in French)

 

Image

Avertissement: ceci n’est pas une biographie de l’immense chanteur que fut William Clarke, plus connu sous son nom d’artiste Bunny Rugs. Pour cela, il y a Wikipédia et les forums où pullulent les encyclopédies vivantes du Reggae. Non, je vais céans vous conter l’histoire de mes petites aventures avec ce personnage que j’adorais en tant qu’artiste et surtout en tant que grand frère.

J’ai souvent dit qu’avoir sorti un album solo de Cat Coore (“UPTOWN REBEL” la 1ere sortie du label TABOU1), un de Third World (un double Live) et un autre de Bunny Rugs (“TO LOVE SOMEBODY”, produit par Lee Perry s’il vous plait) suffisait à mon bonheur de producteur.

En fait, quand on a gouté à ce nectar divin, on est illico accro et on cherche à faire encore plus fort. Produire Bunny Rugs avec Sly & Robbie était devenu une espèce de quête d’absolu musical: la plus grande section rythmique au service de la plus belle voix de l’histoire de la musique jamaïcaine??? Wow! Voilà un alliage de métaux précieux digne des alchimistes des temps reculés où l’homme tutoyait les dieux comme le relate la Bhagavad Gita, quand il volait sur des menhirs, ou encore quand il faisait des allers-retours à travers l’Univers par la simple force de la pensée. Rien de moins. Aujourd’hui, je peux dire que j’y suis parvenu: j’ai suffisamment de titres pour un album, qui, en raison de sa disparition, ne sortira pas. Comme mes cuts de Gregory Isaacs, ceux de Rugs resteront sous clé. C’est comme ça.

Third World est un de mes groupes préférés. Leurs albums “historiques” étaient reggae, funky, spirituels, flamboyants, leurs couvertures magiques. Bref, ils étaient parfaits jusqu’à “You’ve got the power” et très bons par la suite. Et sur scène, seul le Taxi Gang pouvait rivaliser. J’adorais le chant, la personnalité de Bunny Rugs. Plus soul, tu meurs, aurait pu être sa devise. “Now that we found love” dans le live “Prisoner in the street” continue de me flanquer la chair de poule 34 ans après la première écoute. Il y est comme possédé par l’Esprit, la Force.

J’ai des souvenirs émus de prestations en 82 au pavillon Baltard, en 87 au Park West de Chicago, en 92 à l’Elysée Montmartre (Tyrone Downie les avait rejoints sur scène et ils avaient terminé le concert par un acapella de “One Love” à tomber à la renverse). Et bien sûr, celui de 1995 qui a changé ma vie, puisqu’après ce concert, j’ai rencontré Cat Coore, discuté avec lui, découvert qu’il préparait un album solo et lui ai proposé sur le champ de le lui sortir, ce qui a mené à la création de mon label TABOU1. La dernière fois que je les ai vus, c’était en famille au New Morning en 2011. Rugs avait dédicacé une chanson à mon fils qui allait partir poursuivre ses études aux US. C’était tellement gentil de sa part et tellement lui.

Quand je suis allé pour la première fois en Jamaïque, c’était à l’invitation de Cat Coore, tellement heureux que je lui sorte son album solo qu’il m’avait convié au Reggae Sunsplash à Chukka Cove. Il m’avait fait rencontrer toute la scène jamaïcaine et m’avait fait profiter de son immense prestige au sein de la communauté des artistes et musiciens Reggae qui m’avait ainsi immédiatement adopté. Cela m’avait bien servi et je lui en serai éternellement reconnaissant.

De retour à Kingston après le festival, j’avais été pris en main par Bunny Rugs, qui m’avait fait visiter les studios, rencontrer des producteurs, des musiciens, etc… C’était hyper cool de sa part et m’avait mis des étoiles plein la tête. Il enregistrait à l’époque un projet avec Cocoa Tea, Michael Rose et Freddie McGreggor pour un label américain et j’avais assisté à plusieurs séances d’enregistrement et de mix. Mortel. C’est grâce à lui que j’ai choppé le virus du studio. Il se déplaçait dans Kingston avec une Jeep Suzuki qu’il conduisait tel un pilote de karting. Moi qui ai peur des que je suis à bord d’un véhicule que je ne conduis pas, j’étais terrorisé, ce qui l’amusait et l’incitait à conduire de manière encore plus maniaque en ponctuant ses blood clots de ses célèbres éclats de rire. Un fou hilare mais bien sympa, ma foi!

En bonus, le jour de mon départ, il me remit un DAT de titres qu’il venait d’enregistrer. Il y avait des reprises de “Oh what a night” (transformé en France en “Ces années là” pour Claude François) et de “I keep forgetting” de Michael McDonald. Il m’avait dit: “Ecoute et dis moi si c’est bon”. J’ai réécouté ça l’autre soir, c’est soul, mais ruff, entrainant.

J’ai toujours trouvé surprenant que des légendes me demandent si les titres qu’ils enregistraient étaient bons. J’ai souvent eu envie de leur répondre: “Eh, c’est toi le génie, pas moi. Je n’y connais rien!” Comment en effet juger le chant de Rugs, qui ne chante jamais faux, qui trouve toujours le bon ton, le bon rythme? Et puis, au fil des ans, on se force à oublier qu’on est fan du mec, on se lance, après s’être finalement glissé dans la peau d’un “producer”, on se retrouve dans un studio en train de demander à des pointures comme Bunny Rugs ou Horace Andy de reprendre telle ou telle partie, de changer de mélodie, de ne pas chevroter comme un chanteur de Las Vegas, etc… Et le mec se plie docilement à vos instructions.

En 99, lors d’un jour off d’une tournée de Third World, j’avais demandé à Rugs de poser sur un titre de “SERIOUS MATTER”, l’album de U Roy que je produisais alors. Il avait sorti une bombe, “I know who I am” en une seule prise, sur laquelle PierPolJak avait par la suite tenu à poser. Le lendemain, il était revenu au studio Ornano avec d’autres membres de Third World et là, autre scenario, ils avaient glandé, n’arrivant à rien de bon. A l’époque, je pensais encore qu’il suffisait de mettre les musiciens en studio pour qu’ils fassent automatiquement ce que je voulais. J’ai compris ce jour que Third World n’est pas un groupe de studio comme les Revolutionaries, qui, eux, embrayent au quart de tour et empilent riddim sur riddim sans commettre la moindre erreur. Le plus amusant, c’est qu’autant tu mets un Cat Coore dans une session Exterminator, ou Richie Daley chez Jack Ruby, et ils sortent leurs parties à tout vitesse, autant collectivement ils sont lents, se posent des questions, se marrent, échangent, et ça traine. Third World n’est pas une somme d’individus, mais bien une entité à part entière. En tout cas, c’est le cauchemar pour le producteur qui voit le temps défiler et son argent s’évaporer. A la fin, ils arrivent à sortir des trucs merveilleux, mais c’est un processus de création tout à fait différent de celui qui a fait la réputation des Roots Radics ou du Taxi Gang. Pour en revenir à ma session, j’étais furax et au bout de 2 heures, j’avais menacé de virer tout le monde. Piqué au vif, Rugs avait enregistré en une prise la partie de riddim guitar que je réclamais depuis des heures. A l’ancienne, légèrement en retard par rapport au beat, mais en parfait complément de l’instru.

Rugs était animé d’une volonté et d’une éthique incomparables. Il a toujours cherché à travailler, à enregistrer de nouveaux titres, à partir en tournée, que ce soit avec Third World, mais aussi en solo. Il y a deux ans, pendant la tournée d’été de Third World, deux concerts avaient été annulés, créant un “trou” de 4 jours dans leur emploi du temps. Au lieu de rester à fumer des blunts à Amsterdam, Rugs m’avait demandé de lui monter une séance d’enregistrement à Paris pour avancer sur notre projet d’album avec Sly & Robbie. C’est ainsi que nous avions enregistré chez Mael plusieurs titres, dont le fabuleux “Rumours” de Gregory Isaacs et le “Diamonds in the back” (qu’il avait chanté en 1973 ou 74 pour Lee Perry). Il avait squatté chez moi car nous tirions le diable par la queue et préférions acheter des heures de studio que des journées d’hôtel. Pendant les périodes de relâche, entre deux tournées de Third World, quand il n’était pas en train d’enregistrer, il allait chanter dans des églises en Jamaïque ou en Floride. Il rêvait de prendre sa retraite et faire comme Al Green, qui avait monté sa propre église à Memphis pour y prêcher en chantant le Gospel. Je lui disais que s’il montait son église, je deviendrais pratiquant!

Fatta, du Soul Stereo (big up à ce sound qui à force de persévérance, rivalise désormais avec les meilleurs jamaïcains) et moi avions organisé sa première séance de dubplates à Paris il y a une dizaine d’années. Fatta qui connaît bien la musique jamaïcaine, était convaincu. Pas les selectors d’autres sounds. De vrais nigauds à l’esprit pollué par les préjugés si fréquents en ce pays adepte du nivellement par le bas, où tout ce qui a du succès est forcément à rejeter avec véhémence. En l’occurrence, ces abrutis n’arrivaient pas à sortir de la logique débilissime selon laquelle Rugs était chanteur de Third World, et que donc c’était un artiste commercial, et que donc il serait incapable de “poser” sur des riddims de Roots et, encore moins, Studio One. SAUF QUE, Third World a sorti des tueries Roots, comme le fantastique “Roots with quality” (que j’ai emprunté, avec leur autorisation, pour en faire la devise de mon label TABOU1). Et surtout SAUF QUE Rugs a eu une vie artistique riche et variée avant Third World, ce que de toute évidence, les soundboys ignoraient… Eh oui, il a commencé avec Ricky Grant dans le duo Bunny & Ricky, puis a fait partie de l’écurie de Lee Perry, pour lequel il a enregistré des singles et un album, il a été chanteur d’Inner Circle, etc… Bref, on arrive en studio. Fatta demande alors à Rugs un special sur un riddim pas trop compliqué pour que les autres soundboys comprennent bien la leçon qui arrive. Evidemment, le mec tue le truc d’une force telle et avec une telle aisance que les jeunes niais restèrent bouche bée et se décidèrent enfin à faire poser Rugs, qui repartit avec les poches un peu moins vides ce soir-la.

J’ai organisé en 2003 une tournée de Sly & Robbie avec Rugs comme chanteur. L’idée était de célébrer TAXI Records en faisant interpréter une sélection de titres marquants dans l’histoire de ce label. Qui d’autre que Rugs pour mettre son ego de coté et apporter à des titres aussi emblématiques que “Revolution” une nouvelle vie qui soit à la fois une version nouvelle avec son mérite artistique propre, mais également un hommage de qualité à la chanson d’origine? Après une heure de titres du catalogue TAXI, les concerts se terminaient par deux titres de Third World remaniés à la sauce Sly & Robbie: “96 degrees” et, quand on avait le temps, “Reggae Ambassador”. La version de “96 degrees” était complètement transformée par les Riddim Twins et devenait un morceau très Rockers avec des roulements de batterie dignes de l’âge d’or de Channel One que seul Sly réalise avec une telle perfection.

J’ai réalisé un DVD de ces concerts avec une équipe anglaise, qui a produit une telle boucherie (au sens négatif du terme) pour la partie vidéo à partir d’images pourtant superbes que j’ai fait interdire la vente des DVD au dernier moment. J’ai quelque part les bandes que j’avais mixées avec Bulby. Un jour peut être, je sortirai ça. A moins que je ne l’uploade en streaming gratuit sur le net…

Qui d’autre, donc, que Rugs pour célébrer le label TAXI sur scène? Au niveau du chant, il s’imposait comme une évidence peu de chanteurs possédant sa versatilité. Mais, encore plus important, ce qui était rare avec Rugs, c’était son caractère, sa joie de vivre, l’ambiance positive qu’il répandait autour de lui, les sourires et les éclats de rire qu’il provoquait à longueur de journée. En tournée, c’est précieux, car rien de pire qu’un bus rempli de mecs qui tirent la tronche sans personne pour remettre l’atmosphère dans le bon sens par une blague, un coup de main, ou tout autre preuve d’amour.

Il se protégeait avec cette façade de joie de vivre. Apres avoir été taraudé par des démons qui l’ont fait aller très loin dans les conneries au cours des années 80, il avait trouvé une paix intérieure. Sa foi (fils de pasteur, il connaissait la Bible par cœur) et sa famille lui avaient permis de parvenir à une existence simple et équilibrée. Sa grande fierté était d’avoir mis ses deux filles à l’université.

Quel que soit l’endroit où lequel il se trouvait, il couchait sur le papier le récit de ses journées avant de dormir. Nous nous étions trouvé un point commun outre nos prénoms: nous sommes fans des stylos plume Parker. Chaque fois qu’il venait à Paris, je l’emmenais faire le tour de mes papeteries préférées et nous y passions des heures, à comparer les encres, les plumes des nouveaux modèles. On imagine aisément ce que les vendeuses un peu coincées de ces établissements devaient se dire en nous voyant débarquer. Puis, la bonne humeur communicative, le naturel de Rugs et son charisme opéraient et elles étaient rapidement charmées.

Outre le talent indéniable de l’intéressé, j’avais envie de retourner en studio avec lui par amitié et parce que je voulais passer avec lui et Sly & Robbie des moments agréables, voir cette étincelle artistique, assister au spectacle de ces génies créant de la beauté, se sublimant pour produire une œuvre collective meilleure que la somme de leurs talents individuels pourtant hors du commun.

Tous fans de Gregory Isaacs, nous avions envie d’enregistrer un album de reprises du Cool Ruler avec le Taxi Gang. Je sais que cela a déjà été fait, j’ai moi même produit “We Sing Gregory” avec les Roots Radics il y a 15 ans, avec Rugs parmi les chanteurs, d’ailleurs. Mais on s’en moquait, on voulait juste se faire plaisir. En plus, nous avions enregistre “Rumours” a l’arrache a Paris sur un de mes riddims des sessions d’Harry J pour Horace Andy (sur lequel Gregory Isaacs avait egalement pose le magnifique “Poor Man In Love”), et nous etions satisfaits du resultat (voir l’acapella en fin d’article).

Voici la liste des chansons que nous avions sélectionnées le 15 novembre dernier:

 

Oh what a feeling

Soon Forward

Night Nurse

Hush Darling

If I don’t have you

Wailing Rudie

Top Ten

Mr. Brown

Front Door

Tune In

Number One

 

Et voici sa réponse:

 

Hi Guillaume,

First thing let me say that I’m very excited about this project and I want to start the conversation as you suggested to have the fans get in on it as soon as possible. I don’t think it’s too early.

Would like to post on my facebook page and tell the fans that I’m working on a “Tribute To Gregory” album with Sly & Robbie and is asking them to send suggestions as to what song they would like to hear.

We have already started and I want you to write the postings for me, for the facebook, and also let me know when to do it bless. …[2 sentences edited out]…

I think it’s going to be a great product and the first single has been mixed? (Bitty) 

When you think we should put that out, early next year?

…[1 sentence edited out]…

Bless, 

Apres, son état, que je savais chancelant, mais avais promis de ne pas révéler, a décliné. Nous avons gardé le contact, mais avec des considérations de moins en moins artistiques et de plus en plus spirituelles.

Il me manquera beaucoup.

Voici l’acapella de “Rumours”, enregistre en 2011 et qui avait donne l’idee du tribute album.