New TABOU1 mix

Geez, it’s been so long I haven’t posted anything on this blog. I feel bad. For a minute and then I get distracted, thank goodness…

Anyway, I’ve just concocted a new 1 hour and some seconds mix of stuff I have produced with Sly & Robbie and stuff I and my longtime Dutch friend Michel W ripped from vinyl. I don’t mean to boast (actually, I’m boasting a wee bit!) but there is some nice material in there! For instance, there is a super rare dubplate mix of Black Uhuru’s Happiness.

Here is the tracklist

NameArtist
Look at the MountainsJimmy Cliff
Give Me Your LoveJimmy Riley
Declaration Of RIghtsMighty Diamonds
Happiness DubBlack Uhuru
Rasta CaravanSly & Robbie
Prophecy FulfilledHorace Andy
Heads Of Government (12 inch)Mighty Diamonds
Open Eyes (Crisis)Bitty McLean
Your ChoiceDean Fraser
Gave You My Love (Discomix)Aswad
Cream Of The Crop (JA Disco)Gregory Isaacs
She’s Gone AwayBrinsley Forde
bass_06Robbie Shakespeare

Playing Reggae nowadays is increasingly an exercise in nostalgia and mourning. Mighty Diamonds, Gregory Isaacs, Jimmy Riley, and last but not least my dear dear friend Robbie Shakespeare, who appear on this playlist, are no longer roaming this planet with us and I miss them a lot. So, as long as I’m here, I will celebrate their wonderful art.

Enjoy and send money to support Ukraine if you can!

SLY & ROBBIE (écrit en 2016)

Dunbar et Shakespeare, c’est la rythmique historique de la Jamaïque. Flash-back sur une carrière extensive, de Grace Jones à Black Uhuru via Gainsbarre.

Ce n’est vraiment pas un hasard si beaucoup de passionnés de musique à travers la planète pensent que Sly Dunbar et Robbie Shakespeare font partie des meilleures sections rythmiques du monde.

Non content d’avoir éclairé les années 70-80 par leur talent, on les retrouve encore aujourd’hui actuellement (en solo ou en duo) derrière de nombreuses productions jamaïquaines ou internationales estampillés reggae, lovers, dancehall, crossover. Même s’ils avaient déjà participé à des sessions dès les années 60, les deux musiciens se sont réunis en 1975 pour devenir l’une des rythmiques phares de la musique Yardie. La première session où ils jouent tous les deux est celle qui aboutira à la sortie du single de John Holt “I Forgot to Say I Love You”. Lowell Dunbar – surnommé Sly en hommage à Sly & The Family Stone) commença la batterie à quinze ans avec l’organiste Ansel Collins dans un groupe appelé The Yardbrooms. Coup de chance, le premier titre sur lequel il joue lors d’une session pour les Upsetters en 1969, “Night Doctor” (sur l’album Return of Django) devient un gros hit en Angleterre et en Jamaïque. Le second “Double Barrell”, avec Dave et Ansel Collins, devint le second titre reggae a atteindre le haut des hits-parades anglais. Il grimpera jusqu’à la vingt-deuxième places du Billboard américain et sera numéro un au Mexique en 1971 (juste devant notre Sheila nationale avec les “Rois Mages”!). Ce titre fut ensuite repris par de nombreux artistes dont The Specials ou The Selecters. Par la suite, Sly parfait sa technique et son feeling en jouant pour le groupe de Tommy McCook et pour Skin Flesh & Bones. On retrouve dans ce groupe une partie des musiciens qui formèrent The Revolutionaries: Bertram “Ranchie” McLean, Bobby Kalphat ou… Ansel Collins. Au départ, son jeu de batterie était fortement influencé par la soul et la R&B américaine de l’époque. Au milieu des années 70, il intègre donc le groupe du studio Channel One (The Revolutionaries) où il rencontre le bassiste et protégé d’Aston Barrett, Robbie Shakespeare. Celui-ci a débuté sa carrière comme membre régulier du groupe fétiche du producteur Bunny Lee, The Aggrovators, du nom de la boutique de disque ouverte par Stricker à la fin des années 60: Agro Sounds. Auparavant, il avait travaillé pour différents producteurs comme Joe Gibbs ou Lee “Scratch” Perry. Durant deux décennies, la crème des zicos de l’île travaillèrent ensemble: Jackie Mittoo, Tommy McCook, Aston Barrett, Earl “Chinna” Smith, Carlton “Santa” Davis, George Fullwood, Bobby Ellis etc. Leur travail en commun va changer la face et le son du reggae. A Channel One, ils étaient comme chez eux et purent travailler tranquillement une spécificité rythmique qui fut ensuite copiée par les autres musiciens de l’île. Ils développèrent le fameux style Rockers qui va dominer la production des années à venir. Ce nouveau rythme, au tempo rapide, est caractérisé par un marquage systématique des quatre temps à la grosse caisse (Sly appelle ça le “Straight Four”), à la façon des batteurs du label Philadelphia International Records qui avaient le vent en poupe aux USA au début des années 70.

Parmi leurs réussites les plus flagrantes, citons les disques des Mighty Diamonds “I Need a Roof”, Dillinger, Horace Andy ou Junior Byles. Bien entendu, au fil des années, ils ont collaboré avec tous les artistes locaux dignes de ce nom de Bob Marley à Bunny Wailer en passant par Toots & Maytals, Jimmy Cliff, Culture etc. En 1977, Sly & Robbie participent à l’enregistrement du premier album d’un jeune groupe qui allait connaitre un succès fulgurant: Black Uhuru. Ils accompagneront le groupe par la suite, en studio comme sur scène, durant toute leur carrière avec certains albums considérés actuellement comme des classiques du genre: Sinsemilla (qui donnera leur nom au fameux groupe français), Red (classé 23e dans la liste des 100 meilleurs albums des années 80 par le magazine Rolling Stone) ou Chill Out, puis Anthem pour lesquel Black Uhuru obtiendra le premier Grammy Award dans la catégorie Meilleur album reggae. Nos deux compères continuèrent un certain temps avec la nouvelle formation de Black Uhuru drivée par le chanteur Junior Reid.

En 1979, Serge Gainsbourg décide d’enregistrer un album reggae et il demande à Chris Blackwell de lui trouver les meilleurs musiciens de l’île. Le casting est parfait avec Sly & Robbie, Ansel Collins et Robbie Lyn (aux claviers), Mikey Chung et Dougie Bryan (aux guitares), Sticky Thompson aux percussions les I-Threes (Rita Marley, Marcia Griffiths et Judy Mowatt) aux chœurs. Résultat, Aux Armes et Caetera, qui sera le premier disque d’or d’une longue liste (cf. l’interview de Bravo à suivre).

Si les “riddim twins” ont créé leur propre label Taxi Records en 1974 avec le single “I’m Just A Girl” par Pat Davis, ils devront attendre le début des années 80 pour sortir un grand nombre de 45t et de maxi 45t. On retiendra quelques hits singles à la volée: “Sitting & Watching” (Dennis Brown), “Soon Forward” (de Gregory Issacs qui devint leur premier titre numéro un en Jamaïque), “Baltimore” (Tamlins), “Trouble You a Trouble Me” (Ini Kamoze). Leur capacité d’adaptation et leur créativité les fait travailler avec de nombreux artistes internationaux.

Ils connurent aussi une période faste avec Peter Tosh, en rupture des Wailers, qui fit appel à eux pour monter son propre backing band Word, Sound and Power. Ils joueront sur la plupart de ses albums en solo (Equal Rights, Bush Doctor, Mystic Man, Wanted Dread & Alive et Mama Africa le seul titre ou ils jouent est un titre non retenu dans Wanted…) et l’accompagneront en tournée de 1978 à 1981.

En 1980, le patron d’Island Records, Chris Blackwell, les établit au Compass Point Studio aux Bahamas où ils deviennent le coeur du Compass Point All Stars, qui joue derrière les artistes produits alors par ce label. C’est ainsi que Sly & Robbie épaulés par Wally Badarou (clavier), quelques autres pointures et l’ingénieur du son Alex Sadkin, sont à l’origine de la résurrection artistique de Joe Cocker pour”Sheffield Steel” en 1982. Là-bas, ils imposent leur façon d’enregistrer, en une seule prise et un instrument par jour. En moyenne, ils composaient une quinzaine de rythmiques par semaine. Loin de s’arrêter là, Sly & Robbie collaborent à cette période avec Marianne Faithfull, Ian Dury (Lord Upminster) Bob Dylan (pour l’album Infidels qui fut disque d’or aux USA et en Angleterre), Grace Jones (sur Warm Leatherette et 1980, Nightclubbing en 1981 et Living My Life en 1982), Herbie Hancock (Language Barrier en 1985 non c’est un album des 2, pas une prod HH, pour lequel ils ont fait ROCKIT avec Bill Laswell), James Brown pour une session qui n’existe qu’en version pirate, No Doubt (Rock Steady en 2001), Mick Jagger ou… Cindy Lauper (sur “Girls Just Want to Have Fun”). En 1991, c’est Bill Laswell qui fait appel à eux pour le projet avant-gardiste Material.

Malheureusement, la volonté d’innovation et d’expérimentation de Sly & Robbie leur fait un peu perdre de vue ce qui se passe en Jamaïque. La révolution digitale est en route et rien ne peut l’arrêter. Une autre paire rythmique plus à l’écoute de l’air du temps, Steely & Clevie, prend leur place dans le cœur du public et des producteurs Jamaïquains. Pourtant, Sly a été l’un des premiers musicien Jamaïquain à utiliser la Simmons Drum, une batterie électronique aujourd’hui mythique, pour certains titres de Black Uhuru. Il a aussi été l’un des premiers à programmer certains sons et à utiliser la MPC.
Quoi qu’il en soit, le duo fomente son retour au premier plan et se remet dans le bon groove notamment grâce à leur mémorable travail pour Chaka Demus & Pliers. En 1991, ils produisent MURDER SHE WROTE et BAM BAM sur leur label TAXI, et devant le succès énorme de ce titre en Jamaïque, Island leur commande un album. Ils enregistrent ensemble l’album “Tease Me” pour le label Mango. Ce disque devint numéro un en Angleterre et pas moins de six singles rentrèrent dans les hits-parades du monde entier: “Tease Me”, “She Don’t Let Nobody”, “Twist and Shout”, “One Nation Under a Groove”, “Gal Wine” ou “Murder She Wrote”, titre qui connut son heure de gloire en France aussi bien en discothèque que dans le défunt Top 50. Parallèlement, Sly Dunbar sera aussi à l’origine de la créations des riddims bogle, en particulier des percussions très proches du style Banghra qu’il découvrit lors d’un voyage dans le quartier indien de Londres. Quelques années plus tard, les duettistes lancèrent un nouveau sous-genre, la Trenggae, mélange subtil de Dancehall et de sensibilité latino prononcée. En 1998, Sly & Robbie décident de mettre fin à leur collaboration avec Island, vieille de dix-sept ans, ils en avaient assez du peu d’intérêt que le staff du label portait à leurs nouvelles productions. Chris Blackwell s’empressa de les accueillir sur sa nouvelle structure Palm Pictures pour un album original produit par le producteur de trip hop, Howie B (Drum & Bass Strip to the Bone).

Sly & Robbie passent leur temps en studio et refusent peu de commandes, passant allègrement de Britney Spears (pour un remix de “Piece of Me” en 007), Madonna (“Give It 2 Me” en 2008), Simply Red (pour un recut du “Night Nurse” en 1998) à Michael Franti, Sinead O’Connor (pour le concept album “Throw Down Your Arms”), Bob Sinclar (son album de remix reggae “Made In Jamaica”) ou Tiken Jah Fakoly (“Racines” en 2015). Dernièrement, le duo a enregistré un album en commun avec le monstre sacré du jazz scandinave Nils Petter Molvaer.

S’il est impossible de savoir exactement sur combien de morceaux Sly & Robbie ont joué jusqu’à présent, les chiffres les plus probables tournent autour d’un million de titres ce qui ferait de notre duo l’un des plus prolifiques de toute l’histoire de la musique! Et ce n’est pas fini car Sly & Robbie fourmillent de nouveaux projets en tout genre. Merci les gars et chapeau bas!

S’il y a un mot qui doit definir l’approche de Sly & Robbie, c’est bien “Independance”

Très vite, les deux comperes en ont assez de travailler pour les producteurs jamaicains et decident, chacun de leur cote, de monter leurs propres labels, Barbell pour Robbie et Taxi pour Sly. En effet, ils supportent mal de se faire dicter des instructions par des gens qui ne connaissent rien a la musique et se contentent de leur faire imiter les sons en vogue a l’époque. L’inventeur du “Flying Cymbal”, le très respecte Carlton Santa Davis, me disait en 2018 qu’il se sentait prisonnier de ce son car Bunny Lee et les autres lui demandaient sans cesse de refaire la même chose et que le jour ou Sly avait invente le son “Rockers”, il avait remercie le Seigneur! ENFIN! Il allait pouvoir jouer autrement!

En 1980, Sly & Robbie sortent “Sinsemilla” de Black Uhuru sur leur label TAXI. Cet album coup de poing reveille la maison de disques Island qui prend illico l’album en licence et le distribue dans le monde entier. Pas sourd, Bob Marley se laisse seduire par ces chansons et surtout par ces riddims concoctes par Sly & Robbie, ce son de batterie (que Chris Blackwell ordonnera de recreer a ses inges sons au studio Compass Point de Nassau), cette attitude. Il va voir Robbie et lui propose de remplacer son groupe par le Taxi Gang.

Fidele a leur desir d’independance, Robbie lui repond que jamais il ne voudra remplacer son mentor Family Man et que de toutes facons ils preferent rester independants, Marley exigeant de ses musiciens qu’ils ne travaillent que pour lui. Quelques mois auparavant, Sly et lui ont en effet relance le label TAXI, que Sly avait cree en 1975 avec Ranchie McLean. Les premières sorties de ce label sont des tubes en Jamaique: on retrouve les plus grosses stars de l’époque, qui suivent le chemin emprunte avec succes en 1979 par Gregory Isaacs et son merveilleux “Showcase” album (ressorti sous le titre Sly & Robbie Présent Gregory Isaacs).

La simple evocation d’une association Marley – Sly & Robbie fait évidemment rever mais celle-ci n’a pas eu lieu (sauf des remixes en 1995 quand Island sort le box set “Songs of freedom”) et Bob est mort l’année suivante. Robbie a joue de la basse sur “Concrete Jungle” de l’album “Catch A Fire”, tandis que Sly a refait les batteries de “Punky Reggae Party”, enregistre a l’origine à Londres avec Aswad. Sly se souvient avoir enregistre cette nuit-là un autre titre jamais sorti.

Ce son si particulier et totalement novateur de “Sinsemilla” mixe en une nuit par Robbie et Bunny Tom Tom la veille d’un départ en tournee, servira de mètre etalon a Alex Sadkin, producteur et inge son prodige embauche par Blackwell pour faire tourner Compass Point aux Bahamas. Très vite, Chris Blackwell a cette idée de genie (une de plus) de faire venir Sly & Robbie (accompagnes de Sticky aux percussions et Mikey Chung a la guitare, et Tyrone Downie de manière episodique) a Compass Point et de les associer avec des musiciens americains, anglais et même francais (le genial Wally Badarou, requin de studio de la scene disco a Paris, dont l;e son de synthe est si reconnaissable, c’est lui qui a par exemple trouve le riff de Night Nurse de Gregory Isaacs, pas Flabba qui a de plus en plus tendance a s’approprier les succès des autres) pour former un groupe de studio, plus tard surnomme les “Compass Point Allstars”. Ces pointures produiront 3 chefs d’œuvre de Grace Jones, “Sheffield Steel” de Joe Cocker, deux albums carrement funky de Gwen Guthrie que Larry Levan, legende parmi les legendes de la nuit new yorkaise, passera en boucle (allant jusqu’à les remixer), Ian Dury, etc…

Les deux lascars sont au top, et sont demandes par les plus grands noms de la pop internationale, comme Bob Dylan (pour lequel ils produiront “Infidels” avec Mark Knbopfler de Dire Straits), Carly Simon, Joan Armatradding.

Ils ont même la joie (courte, comme on le verra ci-après!) de produire James Brown. Les sessions se passent mal, James Brown traitant (comme beaucoup de noirs americains) les Jamaicains comme des sous-hommes. Au bout d’une journee de session, Robbie s’enerve et vire le Godfather manu military. J’ai ecoute des mises a plat de 4-5 titres, et le projet aurait pu être une bombe atomique… Comme disent les Jamaicains: a so it go (c’est comme ca)…

Independants, Sly & Robbie l’ont toujours été. Quand Bob Dylan contacte les Riddim Twins pour produire son album “Infidels”, malgré l’avis negatif de Chris Blackwell, soucieux de les garder pour lui tout seul, ils vont a New York travailler avec Mark Knopfler et Mick Taylor guitariste des Rolling Stones!

Cette liberte leur permet de ne pas se cantonner a un seul style: oui, ils sont des Dieux du Reggae, mais ils sont des betes en Funk, produisent des cuts de rap qui defoncent tout, et ont même fait du Rock. Quand on les interroge sur leur versatilite, ils répondent modestement que tout cela c’est des noms, et que seule compte la musique. Ils arrivent a imprimer leur style et leur son si particulier a tous les styles qu’ils abordent. Le disque de Joe Cocker porte clairement la signature sonore et l’attitude de Sly & Robbie. Attitude, c’est un mot qui revient très souvent dans les propos de Robbie.

On aime ou pas, mais le voir avec feu Darryl Thompson (guitare) avec leurs longues capes noires ca change du code coleur “vert jaune rouge” que les autres artistes reggae semblent considérer comme obligatoire. Ils ont été des 1979 en contact avec le monde du Rock, tournant avec Peter Tosh en première partie des Rolling Stones. Cette ouverture sur une autre planète leur a fait par exemple decouvrir que leur son devait changer pour être audible dans un stade. Sly a ainsi revolutionne son jeu et a introduit les fameuses syndrums dans la musique jamaicaine, donnant a leur son une nouvelle dimension, un poids encore plus enorme. Robbie a de son cote travaille sur l’amplification de sa basse sur scène, exigeant de mettre DEUX amplificateurs en série pour “enormiser” le TAXI Gang.

Ce desir d’independance leur a permis de développer leur propre style, reconnaissable entre tous et imite sans être encore égalé: en presque 2020, Wynta James et ses copains en sont encore a analyser comment sonnait Ini Kamoze pour tenter de reproduire le “Taxi sound” quand il prepare des productions pour Chronixx ou Protoge. Cette imitation est une sorte d’hommage. Anachronique, cependant car depuis 1985, Sly & Robbie ont mue a plusieurs reprises et ont continue a evoluer. Rien de commun entre le “Murder She Wrote” de 1991 avec “World A Music”, rien non plus de commun entre “Foundation” de Beenie Man en 1997 avec le “Bam Bam”, ni entre “Love Restart” de Bitty McLean en 2018 et ce qu’ils ont fait avant. Cette fraicheur intellectuelle est unique en Jamaique et a permis a TAXI d’être le label en activite qui dure le plus longtemps. Depuis 1979, soit 40 ans, ils sortent des disques a un rythme incomparable. Studio One a été veritablement actif une quinzaine d’années, Jammy’s ou Steelie & Clevie 6-7 ans, les Roots Radics sont apparus en 80 et a part leur travail avec Israel Vibration dans les 90’s, ont disparu de la circulation en 85 quand le digital a tout casse. Sly & Robbie ont debute avant et continuent aujourd’hui, que ce soit en Jamaique ou a l’international.

Respect donc…

The Harder They Come

Tous les poncifs avec lesquels les agences de promotion nous rebattent les oreilles à la moindre sortie de disque ou de film sont justifiés quand l s’agit de “The Harder They Come”. Film culte, coup de poing, émouvant, poignant, une révélation, indispensable, a regarder / écouter de toute urgence, j’en passe et des meilleures. Tous ces qualificatifs sont vrais: ce film, réalisé par Perry Henzell, et sa bande originale sont des merveilles.

Ce film (comme “Rockers” sorti 6 ans plus tard) “marche” car il a tout du récit mythologique tel que défini par Joseph Campbell dans son livre “Le Héros aux mille et un visages“. Petit aparté: ce livre fait partie des 100 livres les plus influents du 20e siècle selon Time Magazine, il a servi de guide à George Lucas quand il a conçu la trilogie Star Wars. En effet, le héros du film, Ivan, interprété par le sublime Jimmy Cliff, suit le parcours classique des grands mythes: pour paraphraser Joseph Campbell, “il s’aventure à quitter le monde du quotidien pour un territoire aux prodiges surnaturels; il y rencontre des forces fabuleuses et y remporte une victoire décisive. Le héros revient de cette mystérieuse aventure avec la faculté de conférer des pouvoirs à son prochain.”

Décomposons l’intrigue de “The Harder They Come” en fonction de la grille de lecture proposée par Campbell.

Campbell décrit un voyage qui comprend un certain nombre d’étapes.

Tout d’abord, le héros débute dans un monde ordinaire, et entre dans un monde insolite, aux étranges pouvoirs et événements (un appel à l’aventure). S’il accepte d’y entrer, le héros doit faire face à des tâches et des épreuves (route des épreuves) et peut y faire face seul ou se voir aidé.

C’est EXACTEMENT ce que fait Ivan qui quitte sa campagne et arrive à Kingston la tête pleine de rêves et d’envie. Les épreuves d’Ivan commencent dès son arrivée à Kingston, puisqu’il se fait voler ses bagages, victime de sa naïveté. Il se retrouve ensuite dans un cinéma où il regarde un western spaghetti qui lui donne des idées (pas forcement bonnes, on le verra par la suite). Il se met au service d’un pasteur mais celui-ci le vire quand il drague sa fille… On touche ici à la fois au divin et au diabolique! Nouvelle épreuve, il se voit condamné après une rixe et se fait fouetter.

Enfin après tant de galères et de désillusions notre héros semble béni des Dieux! Il enregistre en effet une chanson, rêve ultime de beaucoup de jamaïcains. La scène en studio est merveilleuse, et outre un Jimmy Cliff en feu qui interprète “The Harder They Come” on peut voir rapidement la crème des musiciens jamaïcains de l’époque.

On pourrait croire Ivan tiré d’affaire grâce à la musique et devenir une star comme Toots, qui enregistre aussi une chanson dans le même studio (quel artiste, au fait!!!). Mais non, l’envers du décor de l’industrie musicale est terrible et il ne reçoit qu’un cachet dérisoire qui ne lui permet pas de vivre.

Force de faire la mule et de convoyer de la weed pour le compte d’un dealer de mèche avec la police, il croit naïvement prendre des risques pour lesquels il s’estime mal rémunéré. Il demande justice et ne reçoit qu’injustice, puisque son boss le dénonce aux flics.

Mais reprenons la trame des mythes selon Joseph Campbell: au paroxysme de l’aventure, le héros doit survivre à un défi impitoyable, souvent grâce à l’aide reçue pendant ses pérégrinations.

Alors qu’il effectue une course pour son boss, la police, qui le laissait jusqu’alors passer tranquillement, lui demande de s’arrêter pour un contrôle. Paniqué, Ivan tue l’agent de police et s’enfuit. Et c’est à ce moment que ce country boy, devenu malgré lui un petit voyou mal dégrossi, prend une tout autre dimension, puisqu’il devient un héros populaire, justement parce que pourchassé par la police, une sorte réincarnation du célèbre Vincent “Ivanhoe” Martin, plus connu sous le nom de Rhyging, hors la loi devenu héros culte dans les années 40. Ironie du sort, au lieu d’être adulé grâce à son indéniable talent d’artiste, il est admiré par le public pour son côté sombre et, pour reprendre l’analogie Star Wars, par le côté obscur de la Force. On remarquera en passant que les Jamaïcains ont cette fâcheuse tendance à avoir ce que les Anglo-Saxons appellent des “role models” négatifs: par exemple on ne peut que rester pantois devant les scènes d’adoration pour des ordures mafieuses comme Dudus. Certes, il donnait des cahiers de classe aux gamins de son quartier, mais cela doit-il faire oublier meurtres, racket, trafic de cocaïne et autres joyeusetés?

La cavale d’Ivan se poursuit et donne lieu à des images magnifiques. La séance de photos et les poses de gangster sont mémorables. On remarque que les médias refusent de publier les photos qu’Ivan leur envoie pour ne pas lui faire de publicité. On imagine mal une telle retenue de nos jours ou la pollution et le buzz sont la règle de base: plus c’est crade plus c’est mis en avant.

Ivan continue de braver les autorités mais finit par se faire coincer sur une plage au moment où il doit embarquer sur un cargo en partance pour Cuba.

Cette belle histoire se termine mal, évidemment, puisqu’il est abattu par la police. Pour Ivan, l’aventure s’achève comme elle a débuté: par une trahison. Cependant Ivan devient un personnage mythologique: son morceau est un tube (exploité sans vergogne par le producteur qui surfe sur la vague de popularité de ce hors la loi qui défie le système), par ses bravades, en ridiculisant la police, il réalise le rêve de beaucoup.

La fin du film laisse un mince espoir aux spectateurs puisqu’on ne voit pas le corps d’Ivan. Est-il vraiment mort? Impossible crieront ses partisans: si on ne montre pas sa dépouille, c’est qu’il a réussi à s’échapper miraculeusement! Il reviendra, c’est sûr. On touche ici à une dimension quasiment christique, d’ailleurs savamment entretenue par Jimmy Cliff, qui a longtemps laissé planer le doute et qui a souvent annoncé la suite de ce film ou Ivan ferait un retour triomphal.

J’ai voulu interviewer Jimmy Cliff au sujet de ce film, mais il a décliné car il est actuellement en train d’enregistrer son prochain album où Sly Dunbar a joué sur 1 titre produit par Dean Fraser et où je fais de la production exécutive d’un autre morceau avec Sly et une star US.

En conclusion, quelques mots sur la bande originale de The Harder They Come. C’est tout simplement un des meilleurs disques de Reggae jamais sortis. Il rassemble des titres devenus incontournables enregistrés entre 1967, en pleine période Rocksteady, et 1972 au tout début du Reggae Roots. On reste confondu devant une telle richesse musicale: 2 bombes de Toots & The Maytals (“Sweet & Dandy” et “Pressure Drop”), “Rivers of Babylon” des Melodians, “Shanty Town” du génial et trop tôt disparu Desmond Dekker, le fantastique “Johnny Too Bad” des Slickers et l’énorme “Draw Your Brakes” du proto-deejay Scotty.

La part belle est faite aux productions de Leslie Kong, mon producteur préféré de cette époque, avec un son tellement plus propre que Studio One ou même Treasure Isle. Le son de Dynamic Sounds a toujours été limpide, et mérite à lui seul un petit détour. Monté en 1958 par Edward Seaga (qui devint premier ministre en 1980) qui le nomma WIRL (West Indies Records Limited), il fut vendu au producteur d’origine chinoise (comme beaucoup de producteurs et musiciens jamaïcains) Byron Lee, qui le renomma Dynamics Sounds et investit pour en faire un studio de classe internationale. Paul Simon vint enregistrer un des premiers albums Reggae d’un artiste non-jamaïcain le fabuleux “Mother And Child Reunion”, les Rolling Stones y enregistrèrent “Goats Head Soup” qui contient leur tube “Angie” et furent suivis par Eric Clapton. Manu Dibango y enregistra avec Sly & Robbie ses albums Reggae…

Pour en revenir aux productions de Leslie Kong (lui aussi jamaïcain d’origine chinoise) retenues dans la BO de The Harder They Come, j’adore les guitares de Hux Brown et Ranny Bop Williams, la section rythmique de Winston Grennan (batterie) et Jackie Jackson (basse), Winston Wright aux claviers et Gladstone Anderson au piano. Plus légendaire tu meurs. Je trouve dommage que leurs noms de figurent pas dans les crédits du disque. Ils représentent ce qui se faisait de mieux alors, avant la prise du pouvoir par les Wailers, puis les Aggrovators, puis Sly & Robbie, puis les Roots Radics, etc…

En 1971-72, avant la “découverte” des Wailers par Chris Blackwell, Jimmy Cliff était le poulain favori du patron d’Island Records. Ce film et sa BO devaient affermir ce statut et Jimmy Cliff pouvait espérer voir sa carrière décoller pour de bon. Mais après l’album “Struggling Man” sorti en 1973 par Island dans la foulée de “The Harder They Come”, mais sans la promotion réservée au chef d’œuvre absolu “Catch A Fire” de Marley, Tosh et Livingston, Jimmy a préféré tenter le coup en signant avec des labels US. Il n’a pas eu le succès espéré, ces maisons de disque étant incapables de le marketer correctement. Le triomphe commercial qu’il recherchait a vraiment “buss”, comme disent les Jamaïcains, avec la série d’albums sortis sur CBS au début des années 80, dans lesquels il collaborait avec Kool & The Gang.

Robbie Shakespeare (in French)

Ces dernières années, Robbie n’était pas au top physiquement. Le diabète, belle saloperie inventée par Satan pour enquiquiner l’humanité, poursuivait son œuvre de destruction malgré un traitement suivi assidûment. A l’issue d’une tournée épuisante avec Bitty McLean, un examen avait révélé une tumeur à un rein qui allait donc devoir être retiré d’urgence pour éviter la propagation dans les autres organes. Il fut décidé de l’opérer en retirant le rein cancéreux et de greffer un rein à la place du deuxième rein, lui aussi mal en point, qui allait devoir fonctionner pour deux une fois l’opération réalisée. La course contre la montre pour trouver un donneur compatible démarra. En attendant, Robbie était sous dialyse 12 heures par jour et le crabe poursuivait sa progression insidieuse.

C’est dans cette condition que je l’ai vu pour la dernière fois en janvier 2020 à sa maison de Floride où je passais dès que j’en avais l’occasion. Malgré ces galères, il restait animé d’une joie de vivre et d’un entrain impressionnants, plein d’appétit pour des nouveaux projets. Nous passâmes le premier jour de ce week-end à faire des courses dans les superettes caribéennes du coin pour se faire des bouffes mémorables, car Robbie était un excellent cuisinier, puis au restaurant Mi Yard de son pote qui sert le meilleur jerk pork du monde. Le lendemain, on avait été, comme chaque fois que j’allais chez lui, au studio Heavybeat de son ami Willie Lindo et ils avaient enregistré la basse et les guitares d’un riddim que j’avais commencé avec Sly, le magnifique “Greetings”. Willie et Robbie avaient produit l’album qui propulsa Maxi Priest au top en 1987 et des centaines d’autres titres depuis les années 70. Ca crée des souvenirs. Robbie disait toujours que Willie était un des seuls arrangeurs vocaux dignes de ce nom en Jamaïque. Et c’est sans doute vrai car il est extrêmement méticuleux, et ses productions sont toujours ultra léchées.

Bref, en Janvier 2020, on était dans l’attente d’un donneur et Robbie avait perdu énormément de poids mais il avait le moral. A l’été, super nouvelle, une donneuse est trouvée. Comble de malchance, les derniers examens de routine avant la greffe révèlent que le foie est atteint et nécessite lui aussi une greffe. Or pas possible de greffer le rein et le foie de deux donneurs différents. Il faut dont attendre un donneur compatible avec un foie ET un rein. Miracle, quelques semaines plus tard, celui-ci est identifié.

Robbie est donc opéré en décembre 2020. La greffe semble prendre puisqu’il fait pipi au bout d’une semaine et que le sang est correctement filtré. On est tous soulagés, sa sortie est prévue pour fin Janvier 2021. Puis Février, puis Mars, sa faiblesse l’empêchant de se tenir assis, et donc de respirer sans assistance. Or si la respiration est faible, l’oxygénation est déficiente, le travail physique de rééducation est ralenti, et le corps ne peut jouer son rôle d’infrastructure des organes en quelque sorte. Il est nourri par sonde intraveineuse et perd ce qui lui reste de masse musculaire. L’objectif est bien sûr de le faire repasser à une alimentation solide pour se remuscler. Son rétablissement est trop lent. Il reste positif, et nous avons des conversations en vidéo par WhatsApp. C’est dur de le voir dans cet état mais le corps médical, et donc son entourage, restent confiants. En Juillet, le fils de Familyman Barrett lui apporte une guitare acoustique dont il joue un peu, après l’avoir accordée. Bref, on se dit qu’il va enfin sortir de l’hôpital. J’ai un droit de visite prévu le 31 juillet et je suis tout content de pouvoir le revoir. Le 28 juillet, l’hôpital suspend les visites en raison du variant delta. Même Marian son épouse ne peut plus le voir. Grosse déprime.

Entretemps, il subit une trachéotomie pour lui insérer un tube respiratoire, ses poumons ne fonctionnant décidément pas assez bien. Il ne peut donc plus parler et ne communique que par gestes lors d’appels vidéo qu’une infirmière a la gentillesse de faire avec son épouse ou moi. Fin août, je reçois un appel de Marian catastrophée qui m’annonce que Robbie a failli y passer en raison d’une infection pulmonaire liée a son tube respiratoire. Traitement de cheval pour le sauver, rechute, nouveau traitement de cheval. Septembre est un cauchemar. Il s’en sort très affaibli. Il ne communique plus que par gestes, puis trop faible pour bouger le bras, il communique avec ses yeux. Bref, ça ne s’arrange pas. Les médicaments utilisés pour traiter son infection pulmonaire on bousillé son nouveau rein et le couple rein-foie ne peut plus fonctionner. Il devra être sous dialyse à vie à sa sortie d’hôpital. A ce stade, on se met à prier pour qu’un miracle intervienne et que Robbie s’en sorte. On pleure de rage, on maudit la terre entière. Et puis un jour on comprend qu’il n’y a plus rien a faire. L’hôpital informe Marian que tout a été essayé ces 12 derniers mois. J’ai une dernière fois le formidable docteur Parker en vidéo, Marian tient le téléphone pour que je fasse mes adieux à Robbie.

Robbie était venu au monde le 27 septembre 1953. Son père, employé à la compagnie de gaz (ou d’eau je ne sais plus) éleva le jeune Robbie a la dure, et les coups de ceinture ne l’épargnaient pas. Cependant Robbie me confiait ne pas lui en vouloir car ca l’avait selon lui appris “right from wrong”. Certes mais cela ne l’a pas empêché de se barrer de chez lui encore adolescent et de commencer une carrière de voyou dans son quartier de Dunkirk dans East Kingston. Dunkirk est depuis toujours un quartier difficile et Robbie devint un de ses boss. Véritable Robin des bois jamaïcains, il braquait, volait, etc… pour aider les habitants de son quartier.

Son frère Lloyd faisait partie des Emotions avec Leroy Brown, Max Romeo, et Familyman, le bassiste de Lee Perry et Bob Marley, venait chercher de la weed. Un jour, Robbie se plante devant Fams et lui dit: apprends-moi à jouer de la basse. FamilyMan lui fait promettre d’arrêter ses conneries et lui donne des leçons pendant 6 mois au cours desquels Robbie se consacre avec une telle ardeur que ses doigt saignent et que ses empreintes digitales s’estompent!

Il peut ensuite se présenter chez Bunny Lee, recommandé par Familyman, et devient membre du groupe les Aggrovators, remplaçant de plus en plus souvent Familyman, toujours plus pris par Bob Marley. Il joue même sur “Concrete Jungle” dans “Catch A Fire”, le 1er album de Marley pour Island. Sur ce morceau, sa basse est merveilleuse. Que ceux qui savent lire la musique se précipitent sur la tablature https://www.songsterr.com/a/wsa/bob-marley-concrete-jungle-tab-s12459t2

Il me disait devoir sa vie à Sly Dunbar, qui un jour le supplia de ne pas “aller faire un tour” (doux euphémisme qui signifiait qu’un casse était prévu), que pour une fois, Robbie l’écouta et resta au studio. Quelques heures plus tard ses compliques étaient tous abattus… Comme quoi il n’avait pas tout à fait compris les consignes de FamilyMan… Il se rangea des affaires après les élections pour le moins mouvementées de 1980 et quitta la Jamaïque et son climat irrespirable pendant plusieurs mois.

Les années 70 sont prolifiques, je ne vais pas faire la biographie musicale de Robbie, cela prendrait des pages et d’autres l’ont fait mieux que moi. Je recommande l’interview donnée au site “United Reggae”.

Il a joué, entre autres, avec Santa Davis, Carlton Barrett et surtout, bien entendu Sly Dunbar. Leur entente musicale est tout simplement époustouflante. Tous les deux sont des bosseurs acharnés, et sans aucun doute, ce travail incessant qui leur a permis de rester au top pendant si longtemps. De caractère complètement différents, ils communiquent sans se parler. J’ai eu le privilège de produire une centaine de morceaux avec eux et Mikey Chung, Robbie Lyn, Dougie Bryan, Sticky, Chinna, Ansel Collins, Dean Fraser, Dalton Browne, Skully, pour des artistes aussi fabuleux que Bitty McLean, Horace Andy, U Roy, Gregory Isaacs, Bunny Rugs, Brinsley Forde, Marianne Faithful, Grace Jones, Mayer Hawthorne, Cheb Khaled, Monty Alexander, Ernie Ranglin, mais aussi des inconnus comme Junior Natural, Innocent Crew, sans oublier nos Stepper ou Khalifa nationaux… Quel que soit le standing de l’artiste, le montant du cachet, Robbie et Sly donnaient leur maximum. Le tout dans une atmosphère relax. Tels des chats, ils semblent aller lentement, mais en deux coups de cuillère à pot, tu te retrouves avec 12 riddims enregistres de manière parfaite alors que tu crois qu’ils ont passé la session, sous tes yeux ébahis, à discuter, se lancer des vannes, commenter les actualités.

Robbie avait un style très sobre depuis les années 80, se détachant progressivement du style “FamilyMan”. Il cherchait à groover le plus possible en jouant le moins possible de notes. Écoutez le merveilleux “Poor Man In Love” de Gregory Isaacs. Il joue 3 notes. Mais alors ça balance grave…

Il préférait les basses a 4 cordes et dédaignait les basses à 5 ou 6 cordes. De même il avait toujours refusé de jouer des lignes de basse sur synthétiseur au moment où le “computer style” avait explosé. Ses instruments de prédilection en studio était une basse de Paul Reed Smith ou la Fender Jazz. Je l’ai supplié pendant 20 ans de ressortir la vieille Hoffner de ses débuts, mais en vain il n’a jamais voulu, arguant qu’elle se désaccordait trop vite et ne convenait plus à son jeu.

Il aimait tester les gens avant de leur accorder sa confiance. Mais quand tu étais adoubé, il te couvrait à 200%. J’ai pu entrer dans le cercle restreint de ses amis et cela m’a ouvert des portes: il m’a par exemple fait rencontrer la ministre de la culture Babsy Grange pour présenter le dossier sur lequel j’avais travaillé avec l’avocat André Bertrand (nous avions fait payer les sociétés de droits d’auteur françaises Adami et Spedidam la somme de 5 millions de dollars aux musiciens et chanteurs jamaïcains) et nous devions monter une agence nationale des droits digitaux…

Nous passions des nuits entières à écouter de la musique. Il était fan absolu de Blues, passant ses journées à écouter la chaîne de Blues sur Sirius (radio par satellite aux US), il adorait les voix dans le Doo-Wop et les guitares de Rock (son groupe préféré était Rush aussi fou que ça puisse paraître). Lors d’une tournée, nous avions passe la nuit entière à comparer des originaux de Soul avec les reprises rocksteady (sa musique jamaïcaine favorite, avec une petite préférence pour Treasure Isle, alors que Sly est fan de Studio One). A 4 heures du mat’, on était tombes sur “Gypsy Woman” de Curtis Mayfield et sa reprise par Slim Smith. On a du repasser les deux versions une dizaine de fois, il me décortiquait chaque mesure, chaque inflexion vocale, c’était LA leçon de musique ultime. J’ai eu droit à des séances de formation sur la Country, avec “Big Iron” de Marty Robbins.

Comme Sly, il ne cherchait pas la gloire ou les collaborations prestigieuses. Quand Puff Daddy lui filait ses coordonnes pour faire des sessions, il ne se bougeait pas et perdait bien évidemment le contact, ce qui me rendait fou.

Son appétit de connaissance était remarquable. Lors d’un séjour à Paris pour une émission de télévision avec Sinead O’Connor, il m’avait demandé de l’emmener au Virgin Megastore. Il y avait acheté un DVD du bassiste Jazz Marcus Miller pour apprendre à jouer de la basse! Il voulait absolument savoir comment Marcus Miller pinçait ses cordes pour améliorer son propre jeu. Il avait également pris un concert de Curtis Mayfield. Arrivés à l’hôtel, je devais jouer le DVD de Curtis Mayfield au ralenti pour que Robbie puisse comprendre le style unique de Curtis a la guitare (sans pick et sans pincer les cordes). Il refaisait les gestes sur sa basse encore et encore. Ca avait dure des heures et je n’en pouvais plus! Le lendemain pendant les répétitions de l’émission télé, sur le titre “Throw Down Your Arms”, il avait repris cette nouvelle technique avec un sourire de gamin en disant a Sly: Baya, check this, check this! (ils s’appelaient Baya et pas par leurs prénoms).

Des anecdotes, j’en ai des centaines, on se parlait tous les jours par FaceTime échangeant des recettes de cuisine. Je passais des vacances chez lui et lui était venu en Bretagne. Notre grand kif était d’aller dans un restaurant, de poisson le plus souvent. Lors de la tournée avec le jazzman norvégien Nils Petter Molvaer, nous avions conduit 100 kilomètres dans les Pouilles tout au Sud de l’Italie pour une orgie de poissons sur une terrasse que nous avions réservée pour nous seuls, face à la mer Tyrrhénienne. Le kif total. J’ai aussi ce souvenir de ce restaurant de Kingston où j’ai mangé les meilleures langoustes de ma vie…

U ROY – The Originator (article écrit en 2009)

Qu’est ce qui a bien pu pousser Ewart Beckfort, plus connu sous son nom d’artiste U Roy, à “chatter” sur une version des Paragons, un soir de 1968? Si certains attribuent à Count Machukie la paternité du DJ style à la Jamaicaine, U Roy est indéniablement celui qui a imposé, en Jamaïque, puis dans le reste du monde, cette étrange manière de chanter.

Cela fait donc plus de 40 ans que U Roy “chatte”, “toaste” ou “rappe” sur des instrumentaux, des versions ou des dubs, électrisant, dynamisant et relançant des chansons souvent oubliées par les aficionados. Ce petit bonhomme aux traits burinés par le temps est à l’origine du plus gros tsunami musical depuis l’apparition du Rock, puisqu’il est à l’origine du Rap.

Pour faire simple et très rapide (cela a été ressassé mille fois):

  1. son succès lance la mode des DJ en Jamaïque en 68-70.
    On a schématiquement la filiation suivante: U Roy, Dennis Alcapone, Big Youth, Dillinger, Trinity, Yellowman, Shabba Ranks, Beenie Man, Bounty Killer, Shaggy, Sean Paul, Vibz Kartell, Mavado, et ça continue.
  2. Les Jamaïcains installés aux US adaptent ce style en posant leur lyrics sur la musique locale, le Funk, inventant le Rap. DJ Kool Herc, premier DJ de rap enregistré sur un disque est jamaïcain, les parents de Grandmaster Flash aussi…

“Wake the town and tell the people…” lança une véritable hystérie à Kingston: en quelques mois, U Roy avait 5 titres dans le top 10, et ce, pendant plusieurs mois d’affilée! Exploit inédit alors et qui n’a jamais été reproduit depuis. Ni Bob Marley, Dennis Brown ou Gregory Isaacs n’ont réalisé une telle performance. Seul Yellowman, 15 ans plus tard a pu s’en approcher quand il était au sommet de sa gloire.

Le premier producteur de U Roy fut le grand Duke Reid, patron du mythique label Treasure Isle. Duke Reid était un ancien flic dont la mère tenait un débit de boisson, au dessus duquel il avait installé un studio d’enregistrement dans lequel Tommy McCook, le grand saxophoniste, avait monté les Supersonics, groupe de sessions issu en majorité des Skatalites. Beaucoup plus propre et bien mieux mixé que ce qui sortait de Studio One, le son de Treasure Isle, ciselé par le neveu de Duke Reid, Errol Brown (qui sera plus tard ingénieur du son de Bob Marley), convenait parfaitement aux harmonies des Paragons, Alton Ellis, et autres chanteurs de Rocksteady, le Soul jamaïcain. Duke Reid régnait sur son studio comme un tyran et n’hésitait pas à menacer les musiciens avec son revolver quand ceux-ci ne faisaient pas exactement ce qu’il voulait. La renommée de Treasure Isle avait dû franchir les océans car on a retrouvé des photos du célèbre Fats Domino faisant la bringue avec Duke Reid… Quand U Roy fut catapulté au sommet des hit parades jamaïcains, Treasure Isle était en perte de vitesse et ne sortait quasiment plus rien. Les tubes de U Roy utilisaient des chansons sorties quelques années auparavant, et ils permirent à Duke Reid de prolonger de quelques années la vie de son label. La créativité des jamaïcains avait encore un fois fait merveille: ils furent les premiers au monde (et encore quasiment les seuls) à recycler des morceaux pour en créer de nouveaux. Les rappers US ont ensuite raffiné cette technique avec des samplers, mais la paternité en revient aux yardies.

U Roy vouait à Duke Reid une affection quasi filiale et s’est montré d’une fidélité étonnante envers lui, puisqu’il a par exemple toujours refusé les avances sonnantes et trébuchantes de Coxsone Dodd, le patron de Studio One et grand rival de Duke Reid. Une rare exception fut une version de “Trenchtown Rock” enregistrée en live avec Bob Marley pour Lee Perry, qui cherchait alors à lancer Bob et avait donc fait appel à la star du moment pour booster son poulain.

A l’époque, U Roy ne savait même pas qu’il pouvait toucher des royalties grâce aux ventes de ses disques. Duke Reid, pas ingrat, lui avait acheté une voiture, puis une maison, que U Roy occupe toujours. U Roy n’a enregistré pour d’autres producteurs que lorsque Duke Reid a disparu en 75, débutant cette année-là une collaboration artistiquement magique mais financièrement désastreuse avec Prince Tony, lui même en cheville avec le label de Richard Branson Virgin/Frontline.

On ne saura sans doute jamais combien d’exemplaires de ses disques ont été vendus dans le monde. U Roy me racontait récemment qu’au cours de son premier voyage au Nigeria, le patron du plus gros presseur pirate (de manière assez surréaliste, ceux-ci ont pignon sur rue!) lui avait confié avoir écoulé plus de 3 millions d’exemplaires de ses albums… bien entendu sans que U Roy ne touche un centime. Ses albums sortis par Virgin/Frontline continuent de se vendre régulièrement, surpassant allègrement les performances commerciales des artistes contemporains. Par contre, Virgin payant les royalties à “Prince” Tony Robinson, qui était le producteur exécutif de ces albums (ainsi que de ceux des Gladiators de la même époque sur lesquels U Roy avait posé), U Roy n’a jamais rien perçu. J’ai tenté à plusieurs reprises d’orchestrer la mise en place d’une comptabilité séparée pour U Roy en demandant à EMI de scinder les redevances de Tony de celles de U Roy, en pure perte, EMI prétendant tout à fait hypocritement ne pas disposer des informations suffisantes pour payer U Roy directement… ou alors en me renvoyant sur les filiales nationales, qui elles-mêmes me renvoyaient sur la comptabilités au siège mondial de Londres, bref, du grand n’importe quoi.

Une mauvaise langue a dit que U Roy est le seul artiste à avoir fait carrière en faisant toujours la même chose. C’est cruel mais un peu vrai. L’intéresse est d’ailleurs le premier à l’admettre et à revendiquer cette limite, en disant de manière très humble: “Je ne suis pas chanteur, je sais faire une chose, I man chat in de microphone, alors je fais ce que sais faire le mieux possible, c’est ca que mes fans apprécient.” Je peux pourtant attester que je l’ai un jour entendu chanter une chanson de son idole de jeunesse Louis Jordan et que c’était tout à fait convaincant, à tel point que je lui avais suggéré de chanter une chanson sur le deuxième album que j’ai produit pour lui, NOW.

J’ai fait sa connaissance en 1998 par l’intermédiaire de Pierre Simonin (ne pas confondre avec Paul Simonon!), le réalisateur vidéo qui a entre autres lancé les Jamaica Allstars. Pierre venait juste de tourner un documentaire sur le Reggae, l’excellent “Parcours de la musique jamaïcaine”, ainsi qu’un concert de U Roy accompagné de musiciens anglais piochés au hasard par un promoteur à deux balles la veille de la tournée. Autant la prestation de U Roy restait fascinante, autant son groupe était minable et sans intérêt. L’idée avait vite germé de réaliser un projet un peu plus ambitieux d’un point de vue artistique.

Nous avions demandé à Flabba Holt de nous aider à réaliser ce projet. Flabba est bien connu pour être le bassiste des Roots Radics, mais il a aussi produit pas mal d’enregistrements. Il nous avait fort gentiment laissé utiliser une sélection de ses propres productions, dont les bandes s’accumulaient au fil des ans dans le grenier du studio Leggo, véritable caverne d’Ali Baba. Parmi celles-ci, Flabba et nous avions retenu des titres de Jimmy London, Dennis Brown, Israel Vibration, Ernest Wilson, Beres Hammond, alors que j’apportais un morceau de Bunny Rugs. Les riddims étaient très digitaux et Flabba avait posé de nouvelles basses, tandis que Stewie avait effectué des overdubs de batterie acoustique pour donner un peu de chaleur à ces enregistrements. Puis, Bravo, à l’époque ingénieur et producteur du studio Leggo au 125 Orange street dans le centre historique de Kingston, avait enregistré les voix de U Roy en trois après midi. Bravo et moi avions ensuite mixé “Serious Matter” à Paris, au Studio Ornano, qui disposait d’une acoustique superbe. Le studio, équipé à l’ancienne, ne disposait pas d’automation par exemple (ni de climatisation!), ce qui obligeait à mixer les titres une bonne fois pour toutes sans possibilité de retoucher un détail, chose à laquelle Bravo était habitué, ayant débuté sa carrière dans des installations encore plus rudimentaires. Nous avions réalisé des bonus tracks en faisant poser Manu Merlot de Baobab et Pierpoljak, ainsi que Cheb Aïssa, un jeune Raïman prometteur. L’album, au son énorme, avait rencontré un vif succès critique et commercial, les ventes dépassant toutes mes espérances. Une seule scribouillarde, pitoyable taliban du Roots acoustique à l’ancienne, dont le seul titre de gloire est d’avoir couché avec des chanteurs de Reggae et écrit des livres truffés d’erreurs à la limite du plagiat, avait critiqué la production de “Serious Matter”, poussant le manque de respect jusqu’à demander d’un ton accusateur à un U Roy éberlué pourquoi il n’avait pas travaillé avec de “vrais” producteurs comme Xterminator ou Richard Bell de Startrail au lieu de ces blancs becs français (le tout devant moi, qui n’en revenais pas de ce raciste anti-blanc!). U Roy l’avait envoyée valser d’une formule assassine dont il a le secret, ce qui avait eu le don de calmer cette insolente pathétique au cerveau et aux traits ravagés par l’abus de mauvaise zeb et de chichon frelaté…

Encouragés par ce succès, nous avions missionné le tourneur Michel Jovanovic pour monter une tournée avec un groupe digne du talent de U Roy. Jugez plutôt, Stewie aux fûts, Danny Thompson à la basse, Obeah aux claviers, Calvin Cameron au trombone, et surtout l’énormissime Johnny Moore à la trompette: sur scène ça avait de la gueule et ça envoyait. Bref, nous avions pu filer à U Roy environ 100.000 dollars en 18 mois, grâce aux royalties, aux tournées et au publishing que nous lui avions mis en place.

Tout content, j’avais tout réinvesti dans la production d’un autre album, “Now”, qui avait lui aussi bien fonctionné. Il fonctionnait sur le même principe de combinaisons avec des chanteurs, sauf qu’au lieu de recycler des enregistrements existants, j’avais enregistré toutes les chansons spécialement pour cet album, sur lequel figurent Alton Ellis, Anthony B (sur une reprise terrible de Peter Tosh que j’avais commandée à Sly & Robbie), Sugar Minott, Max Romeo, etc… U Roy était venu enregistrer ses parties à Paris, malgré une douleur lancinante au pied qui le mettait de méchante humeur. C’est à l’occasion de cet enregistrement que j’ai fait appel pour la première fois à Laurent Gudin, dont les superbes photographies ornent souvent les albums que je produis ainsi que les pages de ce magazine.

A plus de 70 ans, Daddy U Roy, comme on le surnomme affectueusement, a maintenu intacte sa passion pour la culture des sound systems. Il enregistre fréquemment des dub plates et surtout continue de s’occuper activement de son propre sound system, le célèbre Sturgav. Il m’a récemment appelé pour que je lui envoie l’album de Bitty McLean, et est le seul (c’est là qu’on voit à quel point c’est un grand “sound system man”) à m’avoir demandé s’il serait possible que je lui confie 1-2 instrus. Rien que d’imaginer U Roy, Charlie Chaplin ou Josey Wales en train de chevaucher des riddims de Bitty, ça me donne la chair de poule! Vous imaginerez sans peine à quel point Bitty et moi étions très fiers de cette demande: Bitty, qui d’ordinaire n’enregistre pas de dub plate, va lui en fournir non pas une, mais 2! Il a bien raison: Sturgav, ça a autrement plus de gueule que n’importe quel autre Sound, tout de même! De son côté, le vieux renard sait bien qu’avec des specials de Bitty, très populaire en Jamaïque, il va faire l’envie des autres sounds de l’ile et attirera des clients…

U Roy est assez avare de ses mots: il semble les réserver pour tchatcher au micro, à proximité duquel il parait par contre atteint d’une véritable logorrhée. Pendant toute sa carrière il a été victime de producteurs ou de promoteurs indélicats, ce qui a développé en lui des réflexes bien compréhensibles de prudence et de défiance. Et pourtant, quand il baisse la garde, il laisse tomber son masque screw face, sourit à pleines dents, devient sympa, blagueur et très cool. Et puis, quel puits de science en matière de musique, principalement du vieux rhythm and blues! Il adore Louis Jordan, Fats Domino et Louis Prima. Parmi les artistes contemporains, il aime bien Anthony B. On peut passer des heures a l’écouter raconter des histoires du temps passé quand la musique jamaïcaine ne s’appelait pas encore Reggae…

Discographie sélective:

Outre les deux albums que j’ai produits avec U Roy Pierre, Flabba et surtout Bravo, je conseille fortement les albums sortis chez Virgin/Frontline: Rasta Ambassador, etc…, le premier album produit par Mad Professor. Par contre éviter comme la peste le disque “produit” par Prince Jazzbo au début de l’ère digitale ou celui produit par Tappa Zukie.

Robbie Shakespeare

Robbie left us two months ago and today, I would like to celebrate the Robbie I loved and admired, the artist, the mentor, the big brother and friend.

Everyone knows how great of an artist he was and his bass lines and music productions will live on forever.

I had the privilege of working with him in the studio many times and never grew tired of watching him and Sly produce magical moments, creating pieces of 4 minute long musical beauty. Him and Sly were simply beautiful, period.

I asked him one day how he did it. He told me that every time he was about to record something, he would take a moment to connect with the Higher Power and then he would play what his inspiration made him play.

It sounds so simple, doesn’t it. Don’t we all wish we had a direct connection to some divine power, plug into it and create beauty effortlessly?

Well, it was not effortless. He personified the expression “practice makes perfect”: when Familyman Barrett taught him how to play the bass in the early 70’s, Robbie practiced so much that his fingers bled and the tips of his fingers remained soft for the rest of his life.

He recorded thousands of songs with Sly Dunbar, and together through hard work and relentless dedication to their art, they formed the greatest riddim section in the universe, period. To remain at the top of the game for so long, he, like Sly, explored constantly, tried new things, experimented and practiced, practiced, practiced. Again and again.

This fantastic work ethic should be an example for the young generation: even if you grow up poor, if you work hard, you will be in a better place.

He had a love for music of all genres, not just Reggae. Soul, Doo Wop, Blues, Rock, he loved it all. I will forever remember one night, when we spent hours comparing original soul hits with the rocksteady and reggae covers. What a music lesson! At about 4 in the morning, we played “Gypsy Woman” by Curtis Mayfield and then the cover by his friend Keithy, better known as Slim Smith. We must have played the two versions 10 times because it was so beautiful and he analyzed everything, each note, each vocal nuance, comparing Slim Smith with Curtis, rewind, play the same part again and again. We were really really like two teenagers discovering a new song and falling in love with it.

But aside the superhuman musician, when I think of Robbie, I think of the great human being that he was, alongside his lovely wife.

What comes to mind are his generosity, his bright intelligence and his cool.

He and I called each other every day, and every day we shot the breeze and just simply share a nice moment.

We would talk about our family, but also exchange cooking recipes, or discuss world events.

Speaking of world events, in 2001, Sly & Robbie were invited in Birmingham by English group UB40 a few weeks after the September 11 tragedy. He told me: the Americans are going to invade the Middle East and it will be like Vietnam all over again. I told him: naah, never… Guess who was right. He had a prescience and great analytical skills, as they say nowadays

At every Christmas he would bake Christmas pudding and would drive to deliver those to his friends. In 2020, my wife and children visited Florida for the New Year and he drove all the way to Key West to spend time with us and give us a Christmas pudding.

That’s the Robbie that will forever remain in my heart. The unwavering friend, the big brother, my good good friend. I could go on and on for a long long time, but I’ll end here. Maximum Respect In Every Aspect. So long, Robbie, I love you boss.

One last thing: Robbie may be gone from this world, but that doesn’t mean TAXI Records will stop. We are determined to continue producing exceptional music.

SLY & ROBBIE DUB SERGE TABOU1 2019

Sly & Robbie produced Serge Gainsbourg’s “Aux Armes, etc…” back in 1979 with Geoffrey Chung. The album went gold and quickly became Gainsbourg’s best-selling album.

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Fast forward to 2011, I had just recorded riddims for a Sly & Robbie Funk album. We’d finished early and I had one day left, so I asked them to re-record the entire “Aux Armes” album (plus a couple of other Gainsbourg tracks). The exact same personnel (minus Ansel Collins who was touring at the time) that was hired for the session in 1979 is featured on these.

left to right: Mikey Chung, Robbie Lyn, Ansel Collins (standing), Sticky Thompson (crouching), Gainsbourg, son of X, Geoffrey Chung (standing), Sly Dunbar (crouching), Robbie Shakespeare, Dougie Bryan

They licked 13 riddims in 6 hours. F*cking S – I – X hours… A-MA-ZING. I’ve witnessed them do it times and times again, but it never gets old!

I had forgotten about these riddims when Universal, Gainsbourg’s record company, contacted me last Spring to interview S&R for a documentary they were shooting to promote the 40th anniversary reissue of Serge Gainsbourg’s “Aux Armes”.

Lightbulb moment! How about releasing something ourselves, we have the riddims and S&R are never going to make a cent from the original album anyways. They got paid a pittance each for the entire album, and never received any production royalties as the producer credit was taken away from them and Geoffrey, going instead to Philippe Lerichomme. Lerichomme was Serge’s “damager” (Jamaican slang for “manager”), and never ever did any producing during the 1979 session at Dynamics, or anything for that matter, except being in the way. Quite frankly, who in their right mind would imagine that a French guy who barely speaks English, let alone Jamaican patois, would ever tell Geoffrey Chung and Sly & Robbie what to do during a recording session in Kingston Jamaica? What a joke, and how telling of majors’ modus operandi!

Robbie and Sly are quite philosophical about this, adding that they had a great relationship with Serge and credit him for making them “international”. I really admire how they ALWAYS keep a positive attitude and are not submerged by bitterness and jealousy like so many old time Jamaican artists.

So last Summer, my Kingstonian brother from another mother Gaylard Bravo and I dubbed the crap out of those riddims when he stayed at my place.

back in 1999, when Bravo and I wuz young

We installed a pair of Adam speakers (I swear by those) and threw away the rule book on mixing: screw sound proofing the room, we worked with the windows opened because it was so hot, could not play loud because of a bitchy, borderline racist, female neighbor, no extra gear, no protools plugins because the computer had a meltdown, forcing us to use a super old version of protools quick quick on an antediluvian mac that had been idle for years. Pure bandulu attitude.

And guess what, I’m very happy with the sound and atmosphere we created. Even the mastering engineer didn’t have to work too hard to make it shine… And initial reactions are unanimously positive. Sure it’s not Errol Brown at Tuff Gong or Bruce Swedien on Michael Jackson’s “Thriller” but it sounds very, very honorable…

We’d done Keith Foundation’s “Hey Yo” album the same way (minus the computer disaster) and quite frankly, I’m not planning on using studios to mix. I’d rather use the money to fly Bravo to France and dick around with sounds with him until the wee hours of the morning with no time constraint, watch old Western movies with him on YouTube between mixes, burn a little (make that a lot) woo woo, etc… while he enjoys Europe and visits his family members who live this side of the Pond.

Ain’t life great?

PS = I’ve done it time and time again, but I will continue to chant these musicians names until I can no longer utter a word. They are my heroes, my mentors, my benefactors. They are a joy to watch in the studio or onstage. I am blessed to have met them and I fucking love them bad bad bad. They are the greatest band ever to grace the Universe with their totally marvelous music and attitude. Taxi Gang, Revolutionaries, who cares they are:

Sly Dunbar (Drums)

Robbie Shakespeare (Bass)

Mikey “Mao” Chung, Dougie Bryan (Guitar)

Robbie Lyn (Keyboards)

Sticky Thompson (Percussion)

Recorded at Anchor Studio, Kingston, Jamaica = Delroy Pottinger

Mixed at TABOU1 = Gaylard Bravo, Guillaume Bougard

Memories by the score

The early 80’s were a blessed period for Reggae in France. I just stumbled upon an enveloped filled with concert tickets and flyers. Here are some that I do remember vividly. Man, those were the days….

Have you kept old concert tickets or memorabilia of your favorite gigs?

1985 06 30 Reggae Sunsplash Antwerp

Radgy “Tambraskal” and I drove all the way from Paris to Antwerp to go see Sly & Robbie and the Taxi Gang with Ini Kamoze and Gregory Isaacs. The opening act was Paul Bloodfire Posse. I even got to talk to Robbie after the gig. I felt so intimidated that I asked stupid questions instead of those I wanted to ask… Typical fanboy!

1985 06 12 LKJ Mutualite Paris

LKJ and the Dennis Bovell Band were delivering powerful performances back then. Dennis would open with his solo stuff, ususally a badass “Cabbage” and “Brain Damage”, then LKJ would deliver his speeches over exquisite dub

1985 06 12 LKJ Flyer Mutualite Paris

1985 03 01 Toure Kunda Paris

Toure Kunda was on fire and had just scored an endorsement deal with the biggest TV network in France, so they became mainstream. But at that first “post endorsement” concert, they had not been contaminated by Babylon yet and the concert was fabulous (check out their Live in Zinguichor to get an idea)

1984 LKJ Paris

1984 06 22 Jimmy Cliff Pavillon Baltard Paris

Jimmy mashed it up with the best version of the Oneness Band (Mikey Boo on drums, Ranchie McLean on bass, Dougie Bryan and Chinna Smith on guitar, Ansel Collins and Phil Ramacon on keyboards, Sydney Wolfe on percussion). On a par with Tosh, Third World, Burning Spear. Top notch

1984 03 18 Steel Pulse Lille

David Hinds sported a magnificent harlequin suit and was funny backstage. Just enough attitude but not a$$hole diva behavior. And the band was terrific. I wrote down the playlist on the back of the ticket. Wonder why I can’t find it…

1982 12 18 Gladiators Mutualite Paris

I went to this one with Tambraskal and Christine Aubry, who was at EDHEC with me. I had been able to find where the band was staying and tagged along all day long with them, selfishly leaving Radgy and Christine in the venue while I was backstage. YOLO, so no harm done.

198x 03 27 Mutabaruka Chalice Paris

Muta was boring as is too often the case, but Chalice, man, this was something else. Great songs, super musicianship, funky without being whore-ish. I thought they were the best thing since sliced bread. Until I saw Third World the following month and they set the record straight…

198 x Flyer Mysty In Roots Paris

Didn’t go to this one, never been a huge fan of MIR. Notice how these bands were playing in large venues and were filling them??? What JA act attracts 1,500-2,000 nowadays???

1988 King Sunny Ade Autographs Park West Chicago 1

1988 King Sunny Ade Autographs Park West Chicago

This one is from Park West in Chicago, where my wife and I saw a number of concerts (notably two absolute monster concerts by Third Word and Maxi Priest with Sly & Robbie). We went to see King Sunny Ade and after 3 hours of nonstop trance inducing music and dancing, we were invited backstage. I had the band autograph this napkin, while King Sunny Ade kindly explained to me the meaning of his biggest song, Ja Funmi)

 

Gladiators – Roots Natty

I’ve been a fan of the Gladiators since I was in high school. They mighht not have been huge like Culture or Burning Spear in the UK or even in JA, they were very popular in France for some reason. Probably has to do with the fact that Albert Griffiths’ voice is reminiscent of Bob Marley’s. In any case, my high school buddy Radgy Tamby had a few Gladiators albums released on Virgin Frontline and we kept “Sweet So Till” and “Proverbial Reggae” on super heavy rotation for years.

Fast forward to 1982: I am at the Blue Moon store (back when they were still located near the Brochant metro stop) and I overhear a conversation between graphic artist Fluoman and the shop boss Marie (what a gorgan, that woman, but that’s cool), and I quickly realize they are discussing the Gladiators’ stay in Paris and their upcoming concert at La Mutualité venue. I ask Fluoman where they are staying and take the metro to their hotel faster than the speed of light. At the hotel reception, as I’m about to ask for monsieur Albert Griffiths, I see the entire band in the dining room. They were uber cool with me, and seeing that I was at a loss for words, told me to grab a seat and take it easy, which I did. I had trouble with the heavy Jamaican accent. I ended up hanging out the whole afternoon with them. They invited me backstage during the concert, and stupidly I did not dare asking them to let my other friends come with me… Back then, I was so shy and star struck. What a trip.

Back in 1982, the Gladiators were on a creative roll. Their contract with Virgin had been terminated in 1981 when Virgin stopped their Frontline Reggae label overnight. They had released “Back to Roots” in France via a French label and in the US via Prince Tony’s label under the name “Babylon Street”. I had the privilege of releasing “Back To Roots” in 1999 on TABOU1, In addition tot he songs that got picked for “Back To Roots”, the Gladiators recorded a slew of songs in 1982-83 at Channel One and Harry J Studios.

ROOTS NATTY is a collection of tracks recorded during that period and shows the band at the height of their creative power. The original trio (Albert Griffiths, Clinton Fearon and Gallimore Sutherland) hasn’t yet split (that took place a couple of years later when Clinton decided to stay in the US after a tour there). They have been playing every day together for 15 years or so, they are TIGHT!

Here is the album cover that super gifted artist Sil Cunningham painted.

(c) (p) 2019 Small World

And here is a song called “Midrange” from the album. The lyrics couldn’t be more on point